Les mots de Gwen

Les mots de Gwen

Anna Lavrinenko - L'enfant perdu

 

""On m'a perdu à l'aéroport, dans la salle d'attente. Et puis, bien des années plus tard, je suis devenu adulte." Dima - "un homme d'une trentaine d'années, d'à peu près un mètre quatre-vingts, des cheveux châtain clair coupés en brosse, des yeux bleus, des lèvres fines et pâles, bref, un home ordinaire" - est-il voué à tout perdre autant qu'il est perdu ? D'abord sa mère, ensuite sa femme, et maintenant ses clefs ; il lui faut changer s'il veut s'en sortir. À travers l'histoire de cet enfant perdu, nous soupçonnons que c'est un peu celle de la jeunesse russe d'aujourd'hui qui nous est racontée... Le bonheur viendra du coup de pied donné dans la routine : il est toujours utile de nous le rappeler."

 

Une nouvelle plus qu’un roman, une nouvelle rafraichissante pour laquelle je tiens à remercier les Editions de l’Aube ! Et je tiens à préciser que l’auteur a reçu le prix Début : en effet, les Editions de l’Aube se sont associées aux organisateurs de ce prix (Moscou) qui a pour but de récompenser les jeunes auteurs russes âgés de moins de 25 ans. Une nouveauté qui permet, à nous lecteurs français, de découvrir les écrivains post-soviétiques ainsi que la complexité de la Russie actuelle.


Dima est un jeune russe d’une trentaine d’années qui semble destiné à perdre tout ce qu’il possède. Tout commence lorsqu’à cinq ans, sa mère le perd dans un aéroport. Recueilli par un couple, il recevra tout l’amour que des parents peuvent donner à leur enfant. Mais, la malchance le poursuit : il perd sa femme - l’amour de sa vie - puis ses clefs. C’est à ce moment-là que débute notre histoire. Une errance en quête du petit objet qui va permettre à Dima de rentrer chez lui. Car perdre ses clefs va permettre à Dima de découvrir ce qu’il ne soupçonnait pas.


Un texte plein de fraicheur malgré le sentiment de tristesse qu’il dégage. En effet, quoi de plus triste que de lire qu’un petit garçon a été perdu dans un aéroport ? Parce que l’on peut se demander comment il est possible de le perdre ? Pas de recherches de la part des autorités, pas d’inquiétude si ce n’est de la part de ce couple plus qu’intrigués de voir ce petit garçon tout seul. En partant du point de départ qu’est la perte de ses clefs, Dima va être obligé de retrouver certaines personnes perdues de vues. Son ex-femme, son meilleur ami, ses parents. Dima - l’enfant perdu - est bel et bien perdu au cœur d’un monde qu’il ne comprend pas toujours et qui lui semble insipide. Jusqu’à ce qu’il fasse une belle rencontre… Et c’est à cela que je pense quand je parle de fraicheur : il y a toujours l’espoir d’un mieux, c’est ce qui importe.


Je trouve qu’Anna Lavrinenko possède une belle plume, une réelle fluidité qui nous plonge dans cette douleur de l’abandon. Un abandon qui se confronte à l’amour ; peut-on abandonner même si l’on aime, pour protéger ou ne pas souffrir, par exemple ? Ou abandonne-t-on parce que l’amour s’est évanouit, tout simplement ? Bien sûr, Dima se pose des questions sur l’amour, le vrai, lui qui a perdu sa mère et sa femme : "(…) malgré tous les beaux discours sur l’amour, les gens ne font jamais rien d’autre que l’imaginer. Très peu sont capables d’aimer ce qui est réellement, et ceux qui le peuvent sont tout simplement privés d’imagination !" Au fil de sa quête, Dima va réfléchir à ce qu’est sa vie et prendre conscience d’un point essentiel : "Si un homme ne sait pas ce qu’est le chagrin, la tristesse, le désespoir, il ne saura jamais non plus ce qu’est le bonheur." Anna Lavrinenko permet à son héros de réaliser qu’il y a toujours, quelque part, une raison de vivre et de ne pas s’apitoyer sur son sort, de sortir la tête de l’eau pour mieux profiter de la vie et de ne pas regarder en arrière même si les erreurs et les échecs forment l’être humain.


Anna Lavrinenko a-t-elle voulu mettre en avant un fait de son pays ? Je ne sais pas, j’avoue ne pas connaître parfaitement la vie des jeunes russes d’aujourd’hui. Mais l’on peut se dire que ce qui arrive à Dima - si l’on excepte le fait d’être perdu au sein d’un aéroport - est un peu le reflet d’une génération au sens large, tous pays confondus : aujourd’hui, les jeunes ont davantage tendance à être perdus, quel métier pour plus tard ? quel avenir ? Beaucoup de questions dont les réponses restent floues.


Petite remarque concernant la jaquette que je juge très appropriée : cet enfant/adolescent triste dont le visage est marqué par un avion reflète très bien ce roman.

 

 

En partenariat avec les Editions de l’Aube               

 




15/05/2013

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