Les mots de Gwen

Les mots de Gwen

Anne Hébert - Kamouraska

"Au milieu du XIXème siècle, sans la ville de Québec, Elisabeth se souvient de sa propre histoire. Une histoire de fureur et de neige, une histoire d’amour éperdu. Dans ce livre passionné, violent, romantique, Anne Hébert s’impose comme l’une des romancières les plus importantes de notre époque. Prix des libraires 1971, Kamouraska a été adapté à l’écran par Claude Jutra."

 

Un roman dans lequel l’amour et la mort sont intimement liés.

 

En pleine nuit d’angoisse, son second mari étant à l’article de la mort, Elisabeth se remémore sa vie, son passé, ses rêves et ses angoisses. Elle revit essentiellement les évènements dramatiques (ça dépend pour qui) qui ont conduit à la mort son premier mari, Antoine Tassy, seigneur de Kamouraska. Mais avant d’aborder ce chapitre de sa vie, elle se évoque sa rencontre avec lui mais surtout de la façon dont il la frappait ou se montrait violent dans ses propos. Effrayée, Elisabeth va fuir Kamouraska et se réfugier dans la maison de son enfance, à Sorel, auprès de sa mère et de ses trois tantes. Là, elle se fait soigner par le docteur George Nelson qui s’avère être un ancien camarade de classe de son mari. Dans une époque où le divorce n’est pas admis, Elisabeth fait croire à une réconciliation avec son mari alors qu’en réalité, elle développe des sentiments pour le docteur Nelson. Sentiments réciproques. Elisabeth ne supporte plus son mari, elle le hait ; Nelson n’aime pas cet homme qui maltraite cette belle et jeune femme. Ensemble, ils vont établir un plan pour se débarrasser de l’importun… "Notre tendre douceur à conquérir par l’horreur. Nous établirons la justice par le feu et par le sang. Nous serons heureux."

 

Autant s’arrêter là car dès le début, une question survient : pourquoi Elisabeth est-elle mariée à un autre homme que George alors que rapidement nous savons qu’il a tué Antoine ? On pourrait penser que le crime commis, ils auraient pu vivre heureux… ?

 

Quand le thème du challenge mystère est tombé, à savoir lire deux livres d’auteurs québécois, je me suis dit que c’était bien ma veine ! J’ai plus de 300 livres et pas un seul auteur québécois !! Tant pis, j’en ai acheté, mais n’en connaissant que peu de choses, je me suis fiée au résumé de celui-ci : tentateur, il faut le reconnaître ! Une histoire d’amour à la fois passionnée et violente, ça promet un bon roman.

 

Et la promesse est tenue ! Nous sommes d’emblée aspirés dans cette histoire, dès lors qu’Elisabeth remonte le fil de ses souvenirs. Elle commence par le début, un début certes un peu long, mais nécessaire pour cerner les personnages et la haine croissante qu’elle ressent pour son époux. Cependant, j’ai réellement accroché à l’instant où le docteur entre en scène. Tout simplement parce qu’on sait ce qui va se passer, on attend seulement de voir le déroulement de l’affaire. Cet homme se révèle machiavélique, sordide et déterminé. Et si au début il ne veut pas se salir les mains, comme le dit le proverbe "on n’est jamais si bien servi que par soi-même"

 

Si l’histoire est bonne - et triste -, la narration m’a un peu déroutée. Elisabeth revit des flash-backs, quelques lignes au milieu du présent, qui laisse planer un doute sur l’évènement. D’autant qu’elle revit tout cela en songes, on se demande donc si cela s’est réellement passé. Ses retours à la réalité sont, on le devine, des remparts pour ne pas revivre ce qui s’est passé. Cependant, ses pensées la conduisent à un procès qui l’obligera à revivre ses souvenirs les plus sombres. L’alternance souvenirs/présent nous immerge au cœur des pensées d’Elisabeth, comme si nous étions dans sa tête ; une performance dont Anne Hebert peut être fière car elle nous perd réellement dans les méandres de la vie de son héroïne. Sans nous perdre en route, au contraire, nous sommes avides de connaitre la fin.

 

Un très bon roman qui nous plonge dans le Québec du XIXème siècle, avec ses us et coutumes. Pour les petits curieux, les villes citées existent bel et bien puisque l’auteur est partie d’un fait réel pour écrire Kamouraska (elle en a toutefois changé les noms et certains faits) et il est tout à fait possible de voir le long trajet qu’à fait Nelson (entre Sorel et Kamouraska, au Canada).

 


 

Livre lu dans le cadre du challenge mystère 2013      


Site officiel d’Anne Hébert



21/05/2013

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