Les mots de Gwen

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Nancy Mitford - Tir aux pigeons

 

"Londres, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Lady Sophia Garfield rêve de devenir une belle espionne. Ne pouvant cependant passer son temps à démasquer des ennemis, Sophia exerce son sens patriotique dans les bureaux de l’hôpital Ste Anne… tout en conservant ses loisirs aristocratiques. Elle va ainsi prendre le thé au Ritz, échafaude avec malice des plans pour séduire le fringant Rudolph Jocelyn et en éloigner sa rivale, la princesse Olga Gogothsky."

 

Totalement inconnue pour moi, j’ai découvert avec Tir aux pigeons, une auteur au sens de l’humour aiguisé et parfaitement à l’aise dans la critique. Un grand merci aux éditions Christian Bourgois pour ce moment de plaisir !


Notre héroïne Sophia mène une vie des plus enviables : mariée à Luke, elle vit dans une splendide maison londonienne qui grouille de domestiques et de chauffeurs, prend plaisir à aller converser avec ses amis autour d’un thé au Ritz, et doit parfois accepter que les membres d’une secte américaine, dont son mari est membre, investissent sa maison pour des réunions. Ajoutez à cela son amant Rudolph et la vie de Sophia est presque parfaite ! Malheureusement, la guerre est sur le point d’éclater et va ainsi faire voler en éclat cette vie bien rangée. Mais loin de se laisser abattre, Sophia décide de tirer parti de la situation et pour se faire, décide de travailler à l’hôpital Ste Anne afin de s’entraîner à soigner les blessés. Son travail lui prend du temps, mais ne lui fait pas perdre de vue son autre objectif : éviter que son beau Rudolph ne s’intéresse de trop près à Olga, sa pire ennemie, qui attise les regards en laissant sous-entendre son rôle d’espionne au sein de l’Angleterre. C’est avec ravissement que Sophia va profiter de la disparition du Roi de la chanson pour mettre son plan à exécution…


Comme je le disais, je ne connaissais pas du tout Nancy Mitford. L’histoire de Tir aux pigeons (écrit en 1939, l’auteur ne savait pas à ce moment-là que la guerre allait prendre l’ampleur que l’on sait, elle le note d’ailleurs en préface) est à prendre au deuxième, voire au troisième degré tant elle n’est pas crédible. Car Nancy Mitford n’a pas cherché à nous conter l’histoire d’une bourgeoise anglaise à l’aube d’un conflit, non, elle a surtout voulu mettre en avant une société futile, dont le plaisir principal est de cancaner autour d’un thé. Une satire sociale d’une époque mais aussi d’un milieu. Sophia est une jeune femme romanesque qui vit sa vie au quotidien, qui constate que le monde change mais qui ne comprend pas tout à la situation. Alors, quand elle se retrouve au cœur d’une affaire d’espionnage, elle voit là le moyen de pimenter sa vie, de se rendre "intéressante" et surtout, de surpasser Olga. Naïve, elle se prend réellement au jeu du contre-espionnage, sans se douter qu’en temps de guerre, il faut se méfier de tout le monde !


L’écriture est excellente : truffée d’humour, l’auteur possède un talent pour coucher les mots sur le papier d’une façon telle que la lecture se révèle fluide et donc agréable : "A tout moment, elle pouvait disparaître dans le collecteur, et alors personne ne saurait qu’elle avait été une belle espionne. C’était une perspective affreuse." Un humour à la fois étudié, percutant et raffiné auquel on ne peut qu’adhérer ! Mais si l’auteur s’attarde à critiquer la vie superflue de Sophia, elle prend aussi le temps de critiquer les ennemis de l’Angleterre - les Allemands - et mentionne aussi les changements de ministres, la méfiance vis-à-vis des domestiques étrangers, …


Loin de se vouloir un roman d’espionnage, Tir aux pigeons est plutôt une comédie d’espionnage, une sorte de parodie que l’on prend beaucoup de plaisir à lire et qui nous assure des moments d’amusements. La seconde partie du roman est très captivante : quiproquo, trahisons et coups de théâtre rendent attractifs ce roman dont on peut se demander de quoi il va parler quand on lit le titre ! Titre qui d’ailleurs semble être une allusion aux espions (ces derniers utilisant des pigeons pour communiquer). Dernière remarque sur la couverture que je trouve superbe !


Pour ma part, ce fut un véritable coup de cœur. J’ai beaucoup aimé le côté décalé du roman : une critique aussi bien de la bourgeoisie que de la politique en place, Nancy Mitford nuance l’ensemble par des dialogues humoristiques et rend ses personnages attachants (certains !).

 


En partenariat avec les Editions Christian Bourgois     

Découvrez Tir aux pigeons en cliquant ICI

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24/02/2013

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